Patrimoine · juillet 2026

Pacte Dutreil 2026 : ce qui a changé et ce qui reste à sécuriser

La loi de finances 2026 durcit le Pacte Dutreil : durée de conservation portée à six ans, exclusion des actifs non professionnels de l'exonération. Ce qui change et comment sécuriser votre transmission.

Pacte Dutreil 2026 : ce qui a changé et ce qui reste à sécuriser

Pacte Dutreil 2026 : ce qui a changé et ce qui reste à sécuriser

Transmettre une PME valorisée 5 millions d’euros sans préparation peut générer environ 1 800 000 € de droits de mutation. Avec un Pacte Dutreil correctement structuré, cette facture peut descendre autour de 200 000 €. C’est ce différentiel qui rend le dispositif incontournable pour tout dirigeant qui prépare la transmission de son entreprise familiale, et c’est aussi ce qui explique pourquoi la loi de finances 2026 est venue en resserrer les conditions, sans pour autant le démanteler.

En bref. La loi n° 2026-103 du 19 février 2026 durcit le Pacte Dutreil sur deux points précis : la durée de l’engagement individuel de conservation passe de quatre à six ans, portant la durée totale de détention à huit ans avec l’engagement collectif. Et l’assiette de l’exonération de 75 % exclut désormais explicitement les actifs non affectés à l’activité professionnelle, logements non professionnels, objets d’art, véhicules de tourisme, bijoux. La trésorerie de l’entreprise, elle, reste dans le champ de l’exonération. L’architecture générale du dispositif ne change pas.

Ce que le Pacte Dutreil permet toujours

Le principe reste identique. Les titres d’une société transmis par donation ou succession, dans le cadre d’un engagement collectif puis individuel de conservation, bénéficient d’une exonération de 75 % de leur valeur pour le calcul des droits de mutation à titre gratuit. L’entreprise doit exercer une activité économique réelle, ou être une holding animatrice de filiales opérationnelles, et un des bénéficiaires doit assurer une fonction de direction pendant la période requise.

Ce cadre reste un levier central de transmission, la réforme 2026 vise avant tout à recentrer le dispositif sur l’économie productive, en écartant les schémas où une société sert surtout à loger un patrimoine annexe important.

Premier changement : la durée d’engagement s’allonge

L’engagement individuel de conservation des titres, celui que doit prendre l’héritier, le donataire ou le légataire après la transmission, passe de quatre à six ans. Combiné à l’engagement collectif de deux ans qui précède généralement la transmission, la durée totale d’immobilisation atteint désormais huit ans, contre six auparavant.

Concrètement, un bénéficiaire qui envisage de céder ou de restructurer l’entreprise reçue doit désormais accepter une période d’engagement nettement plus longue avant de pouvoir le faire sans remettre en cause l’exonération. C’est un point à intégrer dès la réflexion initiale, pas seulement au moment de la signature du pacte.

Second changement : les actifs non professionnels sortent de l’assiette exonérée

La loi de finances 2026 modifie l’article 787 B du Code général des impôts pour exclure explicitement de l’exonération de 75 % les actifs non affectés à l’activité professionnelle : logements non utilisés pour l’exploitation, objets d’art, véhicules de tourisme, bijoux. Ce recentrage vise les structures familiales qui, au-delà de leur outil de travail, logent au sein de la société un patrimoine annexe conséquent.

Un point mérite d’être clarifié, car il inquiète à tort certains dirigeants : la trésorerie de l’entreprise reste dans le champ de l’exonération. Ce n’est pas la trésorerie en tant que telle qui pose difficulté, mais sa qualification en actif non professionnel lorsqu’elle est manifestement excédentaire au regard des besoins réels de l’activité, un point qui reste sous surveillance de l’administration et de la jurisprudence.

Cas chiffré. Un dirigeant transmet à son fils une PME familiale valorisée 5 000 000 €, dont 4 700 000 € correspondent à l’outil professionnel et 300 000 € à un bien immobilier non affecté à l’exploitation logé dans la société.

Avant la réforme, l’ensemble de la valeur pouvait généralement bénéficier de l’exonération de 75 %, sous réserve de l’appréciation du caractère professionnel de chaque actif. Avec la loi de finances 2026, les 300 000 € correspondant au bien non professionnel sortent explicitement de l’assiette exonérée. Seuls les 4 700 000 € d’actifs professionnels bénéficient de la réduction de 75 %, soit une base taxable de 1 175 000 € au lieu de 1 250 000 €, en tenant compte de la fraction non exonérée du bien annexe qui reste imposée à sa valeur pleine. L’écart reste limité dans cet exemple, mais il grandit fortement à mesure que la part d’actifs non professionnels augmente dans la société.

Pour qui ce durcissement change vraiment la donne

Ce resserrement touche peu les PME et TPE dont le patrimoine reste concentré sur l’outil professionnel. Il vise en priorité les grandes entreprises familiales et les structures qui ont accumulé, au fil des années, un patrimoine annexe significatif au sein de la société : immobilier de placement, participations passives, biens somptuaires.

Pour un dirigeant dans cette situation, une purge préalable de ces actifs non professionnels, avant la mise en place du pacte, permet souvent de sécuriser l’exonération sur le reste de la structure. C’est un travail qui se prépare en amont, pas au moment de la transmission elle-même.

Ce qui reste à sécuriser dans la pratique

D’après les dossiers que je vois passer, l’échec d’un Pacte Dutreil vient rarement d’un mauvais calcul de valorisation. Il vient plus souvent d’une condition formelle négligée : un actif non opérationnel intégré sans purge préalable, ou une holding qualifiée un peu vite d’animatrice au regard de la jurisprudence actuelle, alors que cette qualification fait l’objet d’un contrôle de plus en plus rigoureux.

Une documentation rigoureuse, comptes, procès-verbaux, conventions, tableau des actifs, devient indispensable pour sécuriser le régime sur toute la durée de l’engagement, la charge de la preuve pesant largement sur le bénéficiaire en cas de contrôle.

Questions fréquentes

Le Pacte Dutreil est-il supprimé par la loi de finances 2026 ? Non. La loi de finances 2026 durcit certaines conditions, mais l’exonération de 75 % et l’architecture générale du dispositif restent en place.

Combien de temps faut-il désormais conserver les titres reçus ? L’engagement individuel de conservation passe de quatre à six ans. Combiné à l’engagement collectif préalable de deux ans, la durée totale atteint huit ans.

La trésorerie de l’entreprise est-elle exclue de l’exonération Dutreil en 2026 ? Non, elle reste dans le champ de l’exonération. Ce sont les actifs identifiés comme non professionnels, immobilier non affecté à l’exploitation, objets d’art, véhicules de tourisme, bijoux, qui en sont désormais explicitement exclus.

Ce durcissement concerne-t-il toutes les PME familiales ? Il touche surtout les structures qui logent un patrimoine annexe significatif au-delà de l’outil professionnel. La plupart des PME et TPE dont le patrimoine reste concentré sur l’activité ne sont que peu affectées.

Peut-on encore combiner le Pacte Dutreil avec une donation en pleine propriété avant 70 ans ? Oui, la réduction de 50 % de l’article 790 I du Code général des impôts reste cumulable avec l’exonération Dutreil, ce qui permet dans certains cas de réduire très fortement la facture fiscale globale de la transmission.

Vous envisagez de transmettre votre entreprise familiale, ou votre société a accumulé au fil des années un patrimoine qui dépasse le seul outil professionnel. Une revue de votre structure avant la mise en place d’un Pacte Dutreil permet souvent d’éviter les mauvaises surprises. Je peux étudier votre situation avec vous.

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